dimanche 19 septembre 2010

Le livre

sculpture 3, terre cuite


Les nuits d'été au mois d'août sont les plus propices pour s'extasier en regardant le ciel étoilé.
Loin de la pollution lumineuse de la ville, le ciel ouvre ses portes et invite les regards à percer les profondeurs de l'univers.

Cette nuit là, je guettais les Perseides, ces météorites qui régulièrement à la mi-aout s'abattent sur la terre en traçant des trainés lumineuses fugaces. Comme je ne voyais arriver aucune, je me faisais patienter en regardant respectivement scintiller Vénus à l'ouest et Jupiter à l'est. Ces deux planètes semblaient rivaliser d'éclat, profitant de la montée tardive de la lune qui un peu plus tard allait leur voler la vedette. Mon regard se porta ensuite vers le triangle de l'été formé par les brillantes Vega, Altair et Deneb.

Une première lumière perça le ciel annonçant le début du spectacle ,bientôt suivi par une pluie de météorites. Pendant un long moment je suivais ces projectiles en regrettant qu'ils puissent, sitôt apparus, s'évanouir rapidement; quand soudain une boule de feu déchira les ténèbres et longuement poursuivait sa course dans ma direction. Avant même de pouvoir chercher refuge suite à ma panique, la chose atterris sans faire de bruit dans le jardin!

L'émotion était grande et la peur m'empêchait d'aller voir de quoi il s'agissait. Je m'étais dis: du calme, c'est simplement une grosse météorite non totalement consumée dans l'atmosphère et que je reçois gracieusement dans mon jardin. Une aubaine, un don du ciel pour un amateur invétéré d'astronomie. Je me voyais déjà soumettre ma découverte à quelque organisme d'astrophysique compétent qui après analyses tirerait des conclusions décisives sur les secrets de la matière et les origines de la vie. Cette pensée m'encouragea et me décida d'aller vers le lieu de chute.

Pensant avoir bien situé la zone d'impact,je ne trouvais que des cailloux vulgaires éparpillés à travers la broussaille. Menu d'une torche très puissante, j'entreprenais alors une recherche méthodique sur un rayon de vingt mètres; c'est ainsi que j'avais fini par débusquer l'objet le plus étrange qu'il m'était donné de voir de mon vivant.

La chose était sans couleur ou plutôt possédait une, indescriptible, sans rapport avec aucune nuance du spectre de la lumière. Elle semblait léviter à quelques centimètres du sol, flottait et vibrait au gré du vent. Ma curiosité grandissante me poussa à m'approcher d'avantage pour constater qu'elle ressemblait à un livre. C'était un livre de format A4 !

Je me frottais les yeux, et plus je regardais plus je me croyais sous l'emprise de quelques hallucinations suscitées par ma veillée tardive à regarder passer les météorites. Je me demandais si ce n'était qu'un rêve qui expliquerait le coté fantastique de la vision. Mais mon chat qui d'habitude me suit dans tous mes déplacements, était là et semblait tout autant que moi, montrer une certaine appréhension à trop s'approcher de la chose , mais sa curiosité finit par le décider à avancer sa patte et toucher le livre, lui imprimant, telle une pirouette, plusieurs tours sur lui même. C'est alors que je me saisissais d'une branche et m'appliquait à le faire voltiger dans tous les sens. Puis ma main me désobéissant touchât subrepticement cette sorte de livre.

Il me semblait tenir entre les mains un nuage. Le livre n'avait pas de poids. La première de couverture ne comportait aucune inscription si ce n'était un point lumineux au centre qui m'invita à l'ouvrir. Bien que ne comportant aucune calligraphie connue, la première page était garni d'une multitude de petits spots scintillant qui à ma grande stupéfaction me transmettaient des messages d'une lisibilité incroyable. Je m'asseyais par terre sans plus pouvoir détacher mes yeux . Je réceptionnais un flot de stimulations qui envahirent mon être. Devenu tout esprit, je ne sentais plus mon corps ni le monde environnant. Je percevais, regardais et comprenais.

Ma réjouissance de percer tous les secrets, d'aplanir toutes les interrogations à travers ce que me transmettait le livre égalait ma frustration de ne pouvoir transmettre ce que j'apprenais ni par le langage ni par l'écriture. Je me contentais de conclure que l'intelligence et le savoir des hommes n'étaient qu'un leurre. Je me rendais compte de l'absurdité des idéologies, des dogmes et croyances et plus encore des sciences. Je me riais de la théorie du bigbang, de la relativité d'Einstein et du modèle standard.

Je ne savais combien de temps j'étais resté accaparé par le livre mais les premières lueurs de l'aube me firent comprendre que j'avais passé la nuit dans le jardin. Petit à petit les pages cessaient de scintiller et le livre disparut d'entre mes mains au premier rayon du soleil.

Alors que j'essayais de dénouer mes jambes engourdis pour rentrer dormir à la maison, l'alarme réveil de mon portable me fit sursauter dans mon lit.

Une nouvelle journée ordinaire commençait.



MG

vendredi 10 septembre 2010